Happe:n, confiné avec la Cie Betty Blues

Tu les as peut-être déjà vues et entendues sur scène lors d’une représentation de leur spectacle La Loi de la jungle ou encore de Aïe aïe aïe ! Concert 2 filles …

Si c’est le cas, résonne alors sûrement dans tes oreilles leur cri de guerre inimitable : « Changer le monde ! ». Un challenge d’autant plus d’actualité en cette période, non ? Alice et Marie de la Cie Betty Blues m’ont fait part de leur manière de vivre le confinement, de leurs projets de création, de leurs inquiétudes et espoirs…

Et si tu veux te rafraîchir la mémoire sur la Cie Betty Blues, retrouve l’interview de Marie et Alice que j’avais réalisée il y a presque un an ici : Compagnie Betty Blues, la révolution en chansons

H••• « Confinement », vous le faites rimer avec… ?

Alice : Prendre le temps ! C’est une chose que j’ai beaucoup de mal à faire habituellement. Je prends le temps de regarder, d’écouter, de ressentir : j’observe les « rapiettes » dans la cour, je suis l’éclosion des fleurs… Le rapport au temps change, c’est comme une suspension. Je prends le temps de me remettre en lien avec les autres aussi. On est en distance physique mais pas affective : je prends beaucoup plus souvent qu’avant des nouvelles de mes ami.e.s et de ma famille.

Marie : Je le fais rimer avec « questionnement ». On est dans l’incertitude la plus totale par rapport à ce qu’on est en train de vivre en ce moment, et tout le monde se pose beaucoup de questions… Le fait d’être confiné.e chez soi invite au mieux à l’introspection, au pire à l’angoisse. On se pose aussi des questions sur nos relations aux autres et au monde.

A••• Comment vivez-vous cette période d’isolement ?

Alice : Pour moi, c’est complètement un moment de création. J’en profite pour avancer à fond sur la nouvelle création de la Compagnie, j’écris beaucoup, je compose aussi. J’ai transformé ma chambre en studio de musique. En plus, le sujet de la nouvelle création est l’enfance, donc à travers ce moment de création, c’est aussi un retour aux sources un peu… C’est assez plaisant. J’écris aussi pour moi, ce que je ne faisais plus depuis très longtemps : j’ai composé un petit journal de confinement, en essayant d’écrire une phrase par jour qui décrit quelque chose que je n’ai pas l’habitude de faire en temps normal et que le confinement me permet, comme des sortes de première fois (par exemple, tenter de faire du pain maison, même si ce n’est pas encore trop au point !).

Marie : Pour ma part, ce n’est pas vraiment une période d’isolement parce que je suis confinée à la maison avec mon compagnon et mes deux enfants (de 1 an et demi et 3 ans) qui sont souvent collés à nous ! Je suis dans une ambiguïté de sentiments, d’abord vis-à-vis de ceux avec qui je vis : parfois j’ai vraiment envie d’être tranquille, mais je ressens aussi tellement de bonheur d’avoir mes enfants près de moi. Je suis aussi dans une ambiguïté entre le plaisir d’avoir du temps et l’angoisse de ne pas savoir ce qui nous attend. Et enfin, il y a l’ambiguïté de cette période où l’on se retrouve isolé.e au moment où justement, on aurait tellement besoin d’être avec les autres… C’est très bizarre !

P••• Une recette du bonheur à nous partager et à appliquer chez nous ?

Alice : Un gâteau à la banane accompagné d’une mousse au chocolat maison ! Sinon, niveau musique, j’ai découvert Deluxe, et j’aime beaucoup ! Ça groove à fond et ça me donne la pêche ! Pour un film, je pense à La Belle Verte, à voir et à re-revoir ! C’est encore tellement d’actualité, et c’est un bon film pour une recette d’un monde meilleur…

                                                                                                Gâteau à la banane  ©Marmiton

+ la recette sur Marmiton ici

Marie : Heureusement, il y a plein de recettes du bonheur, c’est chouette ! De mon côté, mon plus grand bonheur en ce moment, c’est de lire. Je cuisine aussi beaucoup : je deviens une cuisinière hors-pair je crois, et je développe à fond mon panel de recettes, entre les madeleines, le tiramisu, les lasagnes… C’est aussi l’occasion de refaire le tour de ses playlists ! On met de la musique tous les jours à la maison, et je danse beaucoup avec mes enfants ! En ce moment, j’adore « Canopée » de Polo & Pan, et j’ai redécouvert aussi l’album du groupe Java, Hawaï (celui où ils chantent « Java c’est pas de la menthe à l’eau, Java c’est du rock’n roll ! »), qui met la pêche. J’ai réécouté Nirvana avec ma fille de 3 ans qui a vraiment kiffé ! Sinon, ce qui me fait du bien aussi, c’est de créer, d’écrire. Avec Alice, on est en création de notre nouveau spectacle sur l’enfance et la nécessité des liens… C’est un peu ironique en ce moment, mais en même temps, je pense que c’est nécessaire ! Je crois qu’écrire peut faire du bien à tout le monde : le fait de poser les choses par écrit, pourquoi pas s’essayer à la poésie, tener des trucs…

P••• Pour vous évader, de quoi avez-vous besoin ?

Alice : J’écoute beaucoup de musique, autant au casque que la radio, notamment Fip que j’adore parce que c’est très varié ! Et je cuisine aussi beaucoup.

Marie : Alors pour m’évader, je m’évade… littéralement  ! Je pars de la maison en fait. Je vais faire des courses une fois par semaine ou tous les quinze jours, à la Biocoop. Même quand je n’ai besoin de rien, je vais faire un tour seule, avec mon petit sac à dos, et je regarde les fleurs dans les jardins des gens.

E••• De quoi rêvez-vous lorsque vous pensez à l’après ?

Alice : J’espère qu’on ne retombera pas dans nos anciens schémas et notre ancien système qui ne fonctionnent pas ! Quand je pense à l’après, je rêve d’un monde moins consumériste, plus égalitaire, plus respectueux de la nature et de l’environnement. Je rêve d’une économie au sens d’Aristote, c’est-à-dire une économie qui serait au service du bien-être et du bonheur des gens, mais pas à celui de la recherche effrénée du profit et de la croissance à tout prix. J’aimerais un monde construit ensemble où l’on aurait moins peur… C’est un peu utopiste, mais j’y crois !

Marie : Je rêve évidemment d’un monde meilleur ! Un monde où l’empathie prendrait enfin toute sa place, où l’on donnerait enfin toute la considération et le respect que chacun.e d’entre nous mérite, où l’on continuerait ce bel élan de mettre l’économie après les vies humaines… Parce que c’est ça, finalement, le confinement. Si ces idées pouvaient durer, ce serait chouette ! Ce serait bien de revoir nos sociétés en se disant que vraiment, nos vies valent plus que nos économies, qui ne sont que des outils pour nous en fait. Et j’espère aussi que chacun.e sera tellement content.e de retrouver les autres qu’on se rendra compte à quel point on a besoin les un.e.s des autres, de nos liens. Mais ce n’est pas tous les jours facile d’espérer avec ce qu’on entend…

N••• En ce moment, vous lisez quoi ? Vous écoutez quoi ? Vous regardez quoi ?

Alice : Je relis La Peste de Camus… Il me parait très approprié ! Je relis aussi un livre qui s’appelle Du bon usage de la lenteur de Pierre Sansot, qui me semble aussi pertinent. Côté musique, j’écoute Deluxe donc, et j’ai aussi découvert la musique en huit dimensions (8D). C’est une technique de mixage sonore qui fait venir la musique de huit directions différentes. J’écoute ça au casque, et je trouve qu’il y a quelque chose d’assez méditatif.  Et à la radio, j’écoute une émission matinale que j’adore, animée par Augustin Trapenard sur France Inter, qui s’appelle « Lettres d’intérieur » : il lit la lettre d’un.e artiste ou d’un.e écrivain.e portant sur le sujet de son choix, et destinée à la personne de son choix, et souvent ça fait réfléchir, c’est beau, ça fait du bien. Et sinon, je regarde beaucoup mes plantes fleurir !

Marie : Je suis tombée sur le journal d’Etty Hillesum (Une vie bouleversée suivi de Lettres de Westerbork) : c’est un journal et une correspondance de cette jeune femme juive pendant la Seconde Guerre mondiale, aux Pays-Bas. C’est vraiment génial, hyper touchant car cette femme vit l’horreur mais, en même temps, elle arrive à faire un travail sur elle-même. Elle n’est jamais dans la rancœur ou la haine… C’est vraiment déstabilisant. C’est très beau, très fort, et ça nous ramène à l’essentiel. Sinon, juste avant, j’ai lu La Zone du dehors d’Alain Damasio, qui est un super bouquin d’anticipation, une réflexion sur la liberté, le pouvoir et le sens de la résistance. Après, je regarde plein de choses, mais entre autres, j’ai vu la série Dérapages sur Arte, qui est vraiment très bien !

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+ d’infos sur la Compagnie Betty Blues :

Leur page Facebook / Leur site / Leur chaîne Youtube pour des extraits de leurs spectacles / Leurs actus

Et pour écouter Alice et Marie directement dans tes oreilles : rdv sur Napster, iTunes, Deezer ou Spotify

L’article Happe:n « Compagnie Betty Blues : la révolution en chansons«