« La Fille mal gardée », C’est l’amour à la campagne

Le plus ancien ballet du répertoire, La Fille mal gardée, est joué par le Ballet de l’Opéra National de Bordeaux jusqu’au 9 mars sur la scène du Grand-Théâtre, qui l’a vu naître en 1789. Un spectacle total où se mêlent humour et romantisme.

Le schéma narratif de cette pastorale est on ne peut plus classique, rappelant certains thèmes chers aux comédies de Molière : deux jeunes paysans, Colas et Lise s’aiment, au grand désespoir de la mère de cette dernière, qui fait figure d’obstacle en souhaitant marier sa fille à Alain, un homme plus fortuné, mais un peu niais. Après plusieurs rebondissements, l’amour finit bien sûr par triompher.

Or justement, la simplicité du fond permet et autorise les audaces formelles autant que les libertés d’interprétations. Ainsi, le chorégraphe anglais Frederick Ashton apporte sa patte comique et lyrique à ce ballet dont il s’est emparé en 1960, lui donnant, de ce fait, du relief et du caractère.

                                                  © Julien Benhamou

Dans La Fille mal gardée, et plus encore dans cette version de 1960 semble-t-il, l’intrigue a la primeur et subordonne chaque élément artistique, comme dans tout ballet d’action, un genre mariant danse et pantomime, apparu à la fin du XVIIIe siècle. La danse sculpte l’histoire et la raconte donc au même titre que la gestuelle et l’expressivité des danseur.ses, amplifiées par le ton humoristique infusé par Ashton. La progression et les accents du récit sont soutenus par une véritable osmose tangible entre la chorégraphie et la musique, dont la partition, signée Lanchbery, résulte autant d’un remaniement de celles de 1789 et 1828, que d’innovations pensées par le compositeur et le chorégraphe anglais.

Quant à la scénographie, elle donne du corps à l’histoire en plantant un décor champêtre, entre lyrisme et touches réalistes, où des bottes de paille figurées et un vrai cheval (oui) côtoient d’immenses rubans maniés par les danseur.ses. Ceux-ci, ajoutés par Ashton, participent activement de spectaculaires tableaux chorégraphiques, et, tour à tour, ils dessinent, se (dé)nouent et s’entrelacent, métaphorisant autant le tissage des liens amoureux que la libération des carcans. Le travail minutieux sur la lumière n’est pas en reste, puisque cette dernière se fait cadre narratif, voire élément dramatique lorsqu’elle rompt une scène pour faire avancer l’action.

                                                  © Julien Benhamou

Pour autant, cette primauté de l’histoire et ce savoureux parti pris de l’humour n’enlèvent rien à la précision des pas et à la maîtrise technique des danseur.ses de cette troisième distribution, particulièrement sensibles dans les tours vertigineux et les sauts amples d’Ashley Whittle en Colas, et dans les sublimes portés – un seul fut hésitant – qui suspendent l’action dans un instant de grâce. C’est dans cette alliance de la légèreté et de l’exigence chorégraphique que le ballet trouve sa force, et peut ainsi convenir à un public de tout âge.

                                                    © Julien Benhamou

Le rythme, dynamique, énergique, enjoué, s’équilibre entre la virtuosité des danses de groupe, où ça virevolte, ça joue, ça tape fort des pointes, les comiques de répétition, notamment très bien servis par le personnage burlesque d’Alain, et l’élégance romantique des pas de deux, offrant de beaux passages de poésie et d’émotion.

Une mention spéciale à Alvaro Rodriguez Piñera, dans le rôle de la Mère Simone ce soir-là, dont le jeu théâtral et la danse des sabots ont fait le sel de de cette représentation.

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Pour voir La Fille mal gardée, c’est tous les jours au Grand-Théâtre jusqu’au 9 mars. Réservations ici

Bon plan : Des places de dernière minute à 8 euros pour les -26 ans sont disponibles au guichet du Grand-Théâtre le jour même de la représentation.