Madame H: #29

Notre Madame H: du mois de janvier est Julie Läderach, violoncelliste du collectif  Tutti !


Julie Läderach
Violoncelliste du Collectif Tutti


H • • • ­ Qu’est-ce qui te fait lever le matin ?

Plein de choses, tellement de choses ! J’adore le matin, c’est mon moment préféré donc plus je me lève tôt, plus je suis productive. Ce qui me pousse hors du lit c’est l’envie et la joie de pouvoir faire des choses qui me plaisent. J’ai la chance d’avoir un métier que j’aime et qui ne se résume pas seulement à être violoncelliste, c’est aussi développer et mener à terme des projets qui m’animent, que ce soit de la partie production à la partie scénique en passant par tout ce qui est administratif. C’est ça qui me fait lever le matin : tout ce qu’il y a à construire tous les jours car je suis dans un métier où l’on fait les choses pour soi- même, en quelque sorte. C’est aussi une chance d’être dans un Collectif comme Tutti car je fais des rencontres enrichissantes et je suis libre de faire ce que j’aime.

A • • • C’était quoi tes rêves d’enfant ?

J’ai eu un flash la première fois que j’ai vu quelqu’un jouer du violoncelle, j’avais six ans et ça a été une évidence. J’ai commencé à jouer de cet instrument juste après et c’est à ce moment où je me suis dit « je serai violoncelliste ». Je disais peut-être ça sans réellement m’en rendre compte mais voilà, aujourd’hui je le suis ! Évidemment il y a eu tout un parcours pour que ça devienne mon métier, mais le moteur était déjà là très tôt, dans l’enfance. J’avais probablement d’autres rêves qui ne se sont pas réalisés mais celui-ci a traversé toute ma vie pour se concrétiser. C’est un rêve qui m’a demandé une exigence de vie aussi : si l’envie est là, derrière il y a énormément de travail à effectuer.

P • • • Que faisais-tu il y a dix ans ?

Il y a dix ans je me souviens d’un bel événement en enregistrant la musique du film My Son, My Son, What Have Ye Done ? (ndlr. Dans l’œil d’un tueur pour le titre français) du réalisateur allemand Werner Herzog. J’ai donc enregistré la musique avec le violoncelliste hollandais Ernst Reijseger avec qui j’avais déjà précédemment joué en duo au Festival Jazz à Bordeaux. D’ailleurs la première fois que je l’ai vu jouer ça m’a fait un choc et ça a complètement repoussé mon horizon musical. L’enregistrement pour le film s’est déroulé à Amsterdam. On était un petit orchestre, enfermé pendant cinq jours dans une chapelle ! Herzog est d’ailleurs venu nous voir, c’était une grande rencontre qui m’a fait comprendre qu’il faut saisir les choses car elles ne se répètent pas forcément après.

2008 marque aussi ma rencontre avec Olivier Letellier avec qui j’ai joué La Mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé, que l’on a joué au festival d’Avignon d’ailleurs. Olivier avait adapté le livre avec l’accord de l’auteur et nous avions joué devant ce dernier. Olivier jouait tous les personnages et moi j’étais Samilia, la musicienne. Belle expérience également !

© Anthony Fournier

P • • • ­ Ce serait quoi ton « animal-totem » ?

Alors je vais t’en donner deux pour que tu en fasses un hybride : l’écureuil et la girafe ! L’écureuil parce que c’est petit, rapide, passe-partout et tout le monde aime cet animal, j’ai l’impression qu’il amène toujours une joie que ce soit auprès des enfants ou des adultes. La girafe car elle a quelque chose de complètement hors-sol, de rêveur, et qu’elle peut tout observer de haut, ça me plairait bien aussi parfois !

E • • • Si tu devais emmener une personnalité quelque part à Bordeaux, ce serait qui et où ?

Ce serait l’essayiste Idriss Aberkane. J’ai découvert sa pensée avec son ouvrage Libérez votre cerveau ! : Traité de neurosagesse pour changer l’école et la société qui fait écho à des choses auxquelles je pense depuis longtemps et ça fait du bien que quelqu’un les pense et les écrive. Il fait partie de ces cerveaux, des personnes qui t’amènent à penser autrement. Donc s’il venait à Bordeaux, je l’emmènerais faire du vélo un matin dans les rues de derrière, du Bordeaux d’avant.

: • • • Tes projets dans un futur proche et lointain ?

Avec Tutti il y a entre autre le projet Snowball, une collaboration avec un chercheur en mécanique (Samuel Rodriguez), un compositeur (Sébastien Roux), un plasticien designer (Baptiste Debombourg), un metteur en scène (Stéphane G. Roussel) et moi-même. Il s’agit d’une collaboration avec ces artistes pour une pièce immersive, un solo dans une œuvre d’art qui peut vivre en tant que telle, et qui par moments sera activée par ma présence. C’est réellement un projet transversal arts et sciences.

En parallèle je travaille également avec la compagnie musicale basque LagunArte avec laquelle nous créons actuellement le prochain répertoire d’Organik Orkeztra qui s’intitule RITUAL. C’est une tout autre aventure mais tout aussi incroyable, avec douze solistes musiciens qui viennent de différents horizons que ce soit de la musique classique, contemporaine, improvisée, jazz… Ce regroupement éclectique crée des mondes ouverts et généreux que j’aime beaucoup.

N • • • Un Monsieur et/ou une Madame HAPPE:N à me suggérer ?

Naturellement je pense à Charlotte Duboscq qui est notre chargée de développement, qui fait partie de ces personnes tellement importantes dans les compagnies, qui effectuent le travail de fond, un peu dans l’ombre parfois. Je pense également à la comédienne Sophie Robin du collectif jesuisnoirdemonde à Lormont, avec qui je travaille sur différents projets et notamment un qui se déroule dans les médiathèques. Puis enfin à Stéphane Bottard qui est régisseur lumières/vidéos. C’est une personne qui possède une très belle pensée artistique.

© Anthony Fournier