Se faire la belle . Leila Ka . Happen . © Pierre Planchenault

« Se faire la belle », psycho-t(r)op(e)

J’ai découvert le travail de Leila Ka lors de l’édition 2021 du Trente Trente festival. Le coup de foudre a eu lieu et s’est confirmé cette année encore avec son nouveau solo : Se faire la belle, que j’ai pu voir à la Manufacture CDCN. Quelques mots sur cette création frappante. 

Elle est là. Au centre du plateau, à l’avant-scène. La lumière douce et orangée caresse doucement son corps tout entier. Le plateau dépouillé enveloppe de noir sa blancheur lumineuse. Peau blanche voire transparente, longue robe de nuit virginale, chaussettes de coton blanc et cheveux blond-polaire : c’est comme enracinée dans le plancher qu’elle fait face au public.

Cette statue grecque de marbre blanc est alors traversée par des mouvements “liquides”. Au début timides… Puis saccadés… Jusqu’à devenir quasi transcendantaux. Les pieds toujours fixés au sol, elle lance violemment ses bras dans le vide qui l’entoure, ses coups de poing jaillissent mais n’atteignent rien ni personne. 

Et d’un coup, tout change. La danseuse devient éclatante sous les stroboscopes qui se mettent alors en route. Les flashs éblouissants décomposent et animent de manière ultra-rapide ses mouvements, redevenus lents, presque intérieurs. Les coups pleuvent de nouveau mais cette fois-ci ils émanent de la lumière qui met en mouvement ce corps fixe. 

Se faire la belle . Leila Ka . Happen . © Pierre Planchenault

© Pierre Planchenault

Pendant la première partie de cette pièce,  Leila Ka nous donne un regard sur ce qu’elle ressent de la liberté. Les pieds “ligotés”, elle tente avec le reste de son corps de s’affranchir de tout ce qui lui est imposé. Sans que cela ne soit possible car ses coups ne parviendront jamais à toucher leur cible. 

Puis, la deuxième partie semble nous signifier que lorsque le point de vue change, lorsque ce sont les autres qui posent leur regard sur son être, elle explose et devient l’image d’une personne VIVANTE : tout est follement rapide vu de l’extérieur. Mais que ressent-elle vraiment ? Quelles pulsions traversent la danseuse ? Elle est quasi immobile mais semble animée, le regard des autres brouille-t-il les perceptions ? Qui décide finalement de notre sensation d’être libre ?

Le solo Se faire la belle que signe Leila Ka est saisissant. Voyage psychédélique en noir et blanc, il hypnotise par sa justesse. Je ressors de ces vingt-cinq minutes complètement chamboulée, comme à la suite d’un trip sous acide. Un instant d’une telle puissance que même un black out ne pourrait me faire oublier. 

Se faire la belle . Leila Ka . Happen . © Pierre Planchenault

© Pierre Planchenault

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Pour suivre Leila Ka : site internet /  instagram

Pour retrouver Se faire la belle sur scène : va sur le site internet de la chorégraphe parce qu’il ne faut surtout pas la manquer et toutes ses dates y sont parfaitement répertoriées !