Toums, photo cash.

Pour cette rentrée d’Happe:n, nous avions décidé de frapper fort avec Sonia et de présenter un artiste qui monte.

On avait conçu un plan d’attaque, on devait faire des travaux de recherche, préparer nos questions et se les échanger histoire d’être vraiment au point et de rien oublier. Finalement, on ne s’est pas concerté, l’un de nous a préparé ses questions le matin même et l’autre les a oubliées chez lui. Interview improvisée avec Toums….

En plein travail...

Au labo

Toums, qui est tu?

T’as qu’à regarder dans l’annuaire…

Il n’y a rien à Toums…

Thomas, 32 ans, Bordelais, je suis né rue de Budos, je connais les pistes cyclables par cœur et tous les bars les plus nuls de Bordeaux. Voilà.

Un conseil sur les bars de Bordeaux?

Wunderbar, Boqueron, Saint Michel, si vous allez au delà, c’est mort. Pour les aventureux, vous pouvez aller chez Panpan mais vous risquez de ne pas rester plus de deux minutes, nous on a essayé, ça n’a pas marché, on est rentrés, on est sortis.

Tu fais quoi dans la vie?

Alors heu….. À la base, je suis animateur socio-culturel mais j’ai jamais poussé dans cette direction. À la base, j’ai étudié la socio…

Un truc de glandeur quoi…

Ouais mais c’est intéressant tout de même. En fait, j’ai fait la fac et c’est après que c’est parti en vrille. Ce qui m’intéressait, c’était d’aller dans les concerts de Rock’n’roll mais j’avais pas un rond. Alors, j’ai bossé dans les vignes et j’ai acheté un appareil photo comme ça c’était plus simple… ça c’était il y a une dizaine d’années.

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Et c’est comme ça que tu as découvert la photo?

En partie oui. Bon, je faisais des photos dans les concerts, c’était sympa et j’ai rencontré plein de copains mais ça m’a vite gonflé parce qu’il ne se passe jamais rien, c’était ennuyeux. Malgré tout, c’était formateur, cela permet une bonne pratique et de bien connaitre son appareil photo. Je me suis rendu compte que ce qui m’intéressait c’était la faune qui gravitait autour. Quand on côtoie ce genre de personnes, on verse dans tous les arts parce que finalement tout le monde se mélange. En plus Bordeaux, c’est une petite ville ou plutôt une ville moyenne…

C’est même une métropole depuis le début de l’année….

C’est vrai… bon enfin, j’ai rencontré plein de gens, je me suis aussi dit que la photo de concert c’était pas ce que je voulais faire et j’ai finalement commencé à faire mes propres trucs.

Ce qui t’intéressait c’était la faune… Toums photographe animalier?

C’est ce que je m’amusais à dire pendant un temps mais quand tu vas chercher l’animal, au final tu te découvres toi même. Du coup maintenant, je fais un travail beaucoup plus introspectif…. mais c’était quoi la question de départ ?

Cette toile est maintenant visible à Quartier Libre, rue des vignes à Saint Michel.

Cette toile est maintenant visible à Quartier Libre, rue des vignes à Saint Michel.

Donc tu es totalement autodidacte?

Oui oui, j’ai tout fait par les livres et par empirisme.

c’était quoi ton premier appareil photo?

Je suis né à l’aire numérique, c’était donc un boitier numérique. Non en fait, je suis né à l’époque argentique mais le temps que j’arrive à maturité c’était déjà mort.

Pourtant tu travailles en argentique maintenant? Pourquoi et comment ce changement?

Pour être sincère. Pour faire quelque chose avec mes mains. Je ne peux pas passer par une machine ou par une tierce personne, je dois tout faire moi même. Je suis à la recherche de la sincérité et de l’expérimentation, je crois que c’est la qu’on se découvre et qu’on découvre les autres. À une période, j’ai donc voulu essayer l’argentique, j’ai découvert les pellicules, le grain, le développement, les accidents…. je n’ai jamais réussi à faire un truc propre, la pellicule c’était donc parfait pour moi. Il y avait toujours une poussière. Au début, je voulais toujours faire un truc parfait et puis j’ai découvert que ce n’était pas pour moi et que ces imperfections me plaisaient. Finalement, je me demande si je ne vais pas faire mes propres négatifs et mon propre appareil….

Ta quête de l’imperfection va bien avec ta dernière série, « Burn out »….

Au début, les imperfections étaient surtout accidentelles. Problèmes de fixateur, mauvais temps, mauvais dosages…. ou bien développer bourré en sortant d’une fête. Faire du développement, c’est une cuisine. D’ailleurs je développais dans une cuisine donc logiquement, a un moment, j’ai voulu mettre des trucs dedans…. il se passe quoi si je rajoute du sel par exemple…. Au bout d’un moment, à force de cuisiner tu développes tes propres recettes….

Money

Aujourd’hui, tu te considères comme un photographe?

J’utilise le médium photographique mais plus ça va et moins ça ressemble à de la photo comme la plupart des gens entendent le terme, comme une prise de sens dans le réel. Pendant des années, je voulais trouver des choses absurdes dans le réel, je me suis bien esquinté parce qu’au final ce sont des moments très rares ; j’ai réussi à en capter quelques un et puis ça m’a fatigué. Finalement, je me suis demandé pourquoi je ne rendrais pas les choses absurdes par moi-même en les créant.

Tu ne laisses donc plus la chance au hasard?

Si, toujours. Les choses que je produis à chaque fois sont tellement incertaines qu’il y a une grande part de hasard. Par exemple, en ce moment, j’utilise des solutions photosensibles que j’applique sur différents types de supports. J’essaye de tout maitriser mais je sais pertinemment que le résultat n’aura rien à voir avec ce que j’ai prévu. Je dirige un peu le hasard mais c’est une quête perdue d’avance. Mais bon ce sont des considérations de technicien mois ce qui m’intéresse c’est de casser les yeux. Quand un boxeur rentre sur le ring, il veut casser des nez, moi, je veux casser des yeux.

pour en revenir à « burn out » quelle est la genèse de la série?

Les séries, je n’ai jamais compris ce que c’était…

pourtant sur ton site, on trouve bien des séries?

Oui, c’est la galerie qui l’a présenté comme ça. J’ai jamais compris le concept de série. J’ai toujours fait mes trucs à l’arrache. À chaque fois, je trouve une technique, si je voulais faire une série, je prendrais cette technique, je la développerais et je la viderais de sa substance. Je n’ai jamais réussi à faire ça. Une fois que j’ai réussi à faire deux trois trucs et que ça m’a fait rigoler et découvrir de nouvelles choses, j’ai envie d’essayer donc j’abandonne la première technique avant de l’avoir poussée à fond. Mais finalement si tu as une photo qui défonce, tu ne vas pas la copier vingt fois, tu essayes quelque chose de nouveau.

Mais du coup, qu’es qui te touche? le résultat ou le moment ou tu appuies sur le déclencheur?

Je n’en sais rien. Je crois que c’est un tout. Parfois tu galères pour peu de résultat, ce que tu as a alors de l’importance.

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Sans titre

Qu’es qui t’inspire? ton quotidien? d’autres artistes?

Je regarde énormément ce que font les autres mais je m’en détache assez facilement. Il y a des photosgraphes qui m’ont mis des baffes monumentales ou des peintres d’ailleurs… en fait, plus des peintres… au point de tout abandonner, de tout recommencer. Antoine d’Agata m’a beaucoup marqué par exemple. Sinon, Francis Bacon m’inspire beaucoup. Je crois que ce qui est important, c’est de se détacher du réel pour obtenir quelque chose de puissant.

Comment choisis tu tes modèles?

Moi, je prends tout ce qui vient. Si quelqu’un est d’accord, on y va. Je ne sais même pas si on peut parler de modèle. J’adore travailler avec l’humain parce que c’est ce qui m’intéresse le plus, mais franchement je ne me pose pas trop de questions.

Mental Krack

Tu as exposé à l’international, Miami, Berlin, Etc… mais Bordeaux?

J’ai exposé une fois ; c’était cool, il y avait les copains.. Bordeaux c’est une ville très dure. Je crois qu’il y a une forme de fracture sociale et un rejet de la culture locale par certaines élites sauf quand il s’agit de l’instrumentaliser à des fins politiques. Pourtant on dispose d’une puissance artistique phénoménale mais les artistes tendent à se dévaloriser. Il suffit de voyager un peu pour se rendre compte que le niveau à Bordeaux vaut largement ce que l’on peut trouver ailleurs. On a rien à envier aux autres et dans tous les domaines.

En ce moment des artistes bordelais qui te font bouger?

C’est principalement dans la musique mais il y a un peintre, Olivier Specio que je connais depuis quelques temps et qui a vraiment une touche personnelle, phénoménale, un travail d’une grande profondeur et d’une grande poésie. Du coté de la musique c’est la guerre entre the Magnetix, les J.C. Satan, Violence Conjugale, la scène rock est vraiment à Bordeaux, sans compter ceux qui débarquent comme Cockpit.

Et sinon, pourquoi la barbe?

Je l’ai toujours eu. A cinq ans déjà, puis à dix ans on m’a demandé de la couper pour mon service militaire… j’ai dit non, j’ai été réformé P4. Sinon, ben parce que j’aime bien ça….

Dans 10 ans tu te vois ou?

Je ne sais pas où je serais dans six mois alors dans dix ans….

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Sans titre

Si vous voulez en savoir plus:

Toums possède une page facebook, il a aussi un site internet où vous pourrez découvrir ses autres séries. On peut aussi voir une de ses dernières pièces au Quartier libre, rue des vignes à Saint Michel.

Propos recueillis par Sonia Goulvent et Pierre Lansac.